“Anekdot” Communistes

Posted on: 2013/12/02 | Toutes les Nouvelles

Kommunism museum

L’esprit Anglais, les blagues Belges, les histoires Juives nous sont familiers, mais peu savent que les Russes ont développé, tout au long de leur histoire tragique et tourmentée, une forme d’humour qui leur est propre.

Communism Anekdot Pourtant, comment penser que l’humour, par définition difficile à prévenir, encadrer ou contrôler, pusse être aussi prolifique sous le système communiste, où la liberté d’expression était si surveillée ?  Il ‘est surprenant de se dire que l’apparition de la démocratie a appauvri l’humour, on aurait spontanément tendance à penser le contraire. Le rire était à cette époque une façon de résister à l’idéologie. Les blagues où aucun nom n’était clairement cité (cependant personne n’était pour autant dupe) étaient une façon efficace pour échapper à la censure et neutraliser le langage officiel du régime. L’humour est une arme efficace contre les hommes politiques. Une arme dont même les plus craintifs peuvent faire un usage efficace pour se révolter.  Ces blagues, chacune à leurs manières, témoignent que les ouvriers, désabusés, voire désespérés, n’étaient plus dupes des promesses grandiloquentes et des espoirs de bonheur et d’égalité que leur répétaient leurs dirigeants. C’est une méthode inattendue mais originale que d’essayer de définir une société par les anecdotes qu’elle véhicule.

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En effet, comment mieux étudier un régime si ce n’est par ses histoires drôles, quand on sait qu’elles peuvent aussitôt mener en camp de déportation pour «propagande antisoviétique», «non-dénonciation de propagande antisoviétique» ou «avoir souri de manière antisoviétique en écoutant une anecdote»? Au temps de Staline, toute personne qui avait raconté une blague pouvait, en application de l’article 58 du code pénal recevoir une peine allant de dix ans de prison à l’exécution. Plus tard, le régime adoucit la sanction pour ceux accusés de “colporter délibérément des idées contraires au gouvernement et à la structure sociale soviétique” à trois ans de prison. Cet humour est ainsi, non seulement libérateur mais subversif : pour l’oppresseur, l’éclat de rire de la victime est plus inquiétant que ses larmes. Ne serait-ce que parce qu’il est plus bruyant.

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Mais les blagues sur la politique étaient-elles le fait des seuls dissidents? En effet, à cette époque circulait aussi une rumeur selon laquelle des blagues politiques étaient à l’initiative même du KGB. Ces blagues «officielles» auraient eu pour but de neutraliser les blagues des opposants, en instaurant une «compétition». Les histoires drôles auraient représenté un tel danger pour le pouvoir, que le KGB lui-même aurait tenté de contrôler leur contenu, quitte à en inventer pour en désamorcer d’autres considérées comme encore plus dangereuses. Mais cette rumeur, (invérifiable car comment connaître formellement la genèse d’une blague?) que le régime puisse volontairement inventer des blagues politiques suggère une autre notion bien plus concrète: la peur. La peur d’un système omniprésent qui contrôle toutes les formes d’expression, y compris la plus insaisissable d’entre elles, l’histoire drôle.

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Ces blagues sont incompréhensibles pour beaucoup parmi ceux nés postérieurement à 1975… Mais extraordinairement drôles pour ceux nés avant ! Voici quelques exemples représentatifs dans lesquels les contextes historiques, politiques et économiques ont eu une influence incontestable. Ni gros éclats de rire, ni blagues bien grasses, mais un humour acéré comme une lame de rasoir…

Il ne faut pas oublier que de nombreuses personnes ont été condamnées au Goulag pour avoir raconté ces anecdotes.

- Comment est mort Maïakovski?
- Maïakovski s’est suicidé. Il a mal pris le tournant de 1927 et n’a pas compris les changements nécessaires.
- Et quelles furent ses dernières paroles?
-Ne tirez pas, camarades.

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Quel conseil peut-on donner à un intellectuel?
D’abord, ne pas penser.
- S’il ne peut s’en empêcher, de ne pas parler.
- S’il ne peut s’en empêcher, de ne pas écrire.
- S’il ne peut s’en empêcher, de ne pas signer.
- S’il ne peut s’en empêcher, de ne pas s’étonner.

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Brejnev, mourant, fait appeler Andropov.
- Youri, qui va me succéder?
- Moi, bien sûr, répond le chef du KGB.
- Et si le peuple ne te suit pas?
- Alors il te suivra toi, Leonid Ilitch.

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Un sondage en deux questions:
- Que lisez-vous?
- Comment vivez-vous?
90% des réponses:
- Je lis la presse, sinon comment saurais-je que je vis bien?

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Un inspecteur arrive dans une école de Zagreb. Dans la première classe où il pénètre, il annonce qu’il va interroger lui-même des élèves pris au hasard, et désigne un garçon au troisième rang.

- Comment t’appelles-tu?
- Ivan, camarade inspecteur.
- Qui est ton père, Ivan?
- C’est le camarade Tito, camarade inspecteur.
- Et qui est ta mère?
- C’est le Parti, camarade inspecteur.
- Très bien.
Et quand tu seras grand, qu’est-ce que tu veux être dans la vie?
- Orphelin, camarade inspecteur.

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Brejnev tombe éperdument amoureux d’une danseuse du Bolchoï. Après une cour pressante, il parvient enfin à la convaincre de venir dîner au Kremlin. Là, malgré tous ses efforts la ballerine résiste à ses avances. A bout d’arguments ainsi que de patience, Brejnev promet de lui accorder la première faveur qu’elle demandera.
- Je veux, dit la danseuse, je veux que tu ouvres les frontières.
- Ah, timide, tu veux donc que nous restions seuls…

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Existe-t-il des droits d’auteur pour les blagues politiques?
- Oui, cela dépend de la qualité de l’histoire et ça peut aller de trois ans à la perpétuité…

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